« Rachel et les siens  » – Metin Arditi, Marque page du 23/09 sur FranceInfo:

Metin Arditi a donné dans son nouveau roman la meilleure part de lui-même, dans une grande fresque qui commence au début du XXème siècle en Palestine et qui va se dérouler sur d’autres continents, mais on ne vous en dit pas plus, laissons la parole à l’auteur.

Voir la vidéo diffusée sur France Info : Vidéo « Rachel et les siens » de Metin Arditi (à partir d’1:24).

 

Lire l’entretien avec Metin Arditi :

NI : Bonjour Metin, pouvez-vous nous dire qui est Rachel ?

MA : « Rachel et les siens », c’est d’abord Rachel, le personnage principal, une enfant née au début du XXème siècle en Palestine  et qui deviendra l’une des plus grandes dramaturges de son temps.

 

NI : Où et quand débute le récit ?

MA : Le récit débute en 1917 à Jaffa, en Palestine ottomane. Les parents de Rachel sont juifs. Ils partagent une même maison avec une famille de Palestiniens chrétiens. La maison compte deux logements mais une seule cuisine. Là se noueront des liens profonds, là les deux familles ne feront qu’une…jusqu’à ce qu’éclate la guerre.

NI : Comment décrire Rachel ?

MA : Au début du roman, Rachel a douze ans. C’est est une enfant hors normes, très grande pour son âge, massive, mais avec le plus ravissant des visages. Ce qu’aime Rachel par-dessus tout,  c’est raconter des histoires. Son père tient un commerce de tissus, et lorsqu’après l’école elle va livrer les lots d’étoffes aux clients, elle s’installe chez eux, invente mille histoires et ravit tout le monde.

NI : Quels sont les autres personnages du roman ?

MA : Outre Rachel, il y a Mounir, le fils de la famille palestinienne qui vit avec eux et qui est des trois ans l’aîné de rachel, son frère de lait, son alter ego. Et puis il y a Ida, la juive ashkenaze, orpheline de père et de mère, une ravissante blonde aux yeux bleus qui a l’âge de Rachel. Si elle est orpheline, les parents de rachel n’y sont pas pour rien, il portent en eux un sentiment de culpabilité et finiront par adopter la fillette. L’arrivée d’Ida dans la maison trouble le tandem que formait Mounir et Rachel. Mais très vite, ces trois tisseront entre eux des liens passionnels.

NI : Qu’avez-vous voulu évoquer à-travers ce livre ?

MA : Rachel et les siens, ce sont tous ceux qui aiment cette terre, juifs et arabes, et qui s’entre-déchirent. Le problème, dira un jour Karl, le premier mari de Rachel, à leur fille Elisheva, c’est que tout le monde, ici, a raison. Karl et Elisheva périront dans un attentat aveugle organisé par une association nationaliste palestinienne financée par Mounir. Rachel et lui se retrouveront, on imagine dans quelle émotion…

 

NI : Quel sera le destin de Rachel ?

MA : Rachel aura d’autres maris :  Albert, un Juif d’Istanbul ;  François-Xavier, diplomate français de haut rang, beau, brillant, antisémite, avec lequel Rachel partagera une passion torride. Rachel aura aussi une autre fille, Rebecca, mais qui n’arrivera pas à faire oublier la première.

 

NI : Quel rôle jouera le théâtre dans la destinée de Rachel ?

MA : Dans les tourments de l’histoire qui secoueront toute la Palestine durant le XXème siècle, Rachel affrontera ces drames avec ténacité et courage, à Jaffa, à Tel-Aviv ou à Paris, à Genève, à Istanbul. Elle leur répondra en se mettant au service d’une cause qui est plus grande qu’elle : le théâtre. Ce sera sa manière à elle d’ordonner le monde, de trouver une harmonie et de donner un sens à ses propres blessures. Elle jouera notamment une œuvre majeure, qui sera donnée sur toutes les grandes scènes du monde. C’est à Paris qu’elle connaîtra son premier succès, en 1948, au théâtre du Luxembourg, avec une pièce intitulée « Le chemin de croix », qui raconte l’histoire d’un jeune homme français qui a vécu une passion sincère avec un officier allemand, qui sera tondu, et dont la mère défendra l’honneur avec panache. La pièce sera reçue comme un choc et fera un triomphe.

NI : comment résumer ce livre en quelques mots ?

MA :« Rachel et les siens », c’est une femme qui répond aux coups du destin, vent debout, en lui proposant son art. « Rachel et les siens, c’est l’histoire d’une femme-forteresse ».

NI : Merci, Metin, pour cette interview et cette fresque bouleversante.