"Le grand Coeur", de Jean- Christophe Rufin, ed Gallimard

Couverture Jean-Le grand cœur

Voici un roman qui parle de cœur dans tous les sens du terme.

Jacques Cœur ? Ah oui, ce bourgeois qui a vécu à la charnière entre le Moyen-Age et le Renaissance, qui était-il, déjà, quel rôle a-t-il joué ?

Jacques Cœur est né vers 1400 à Bourges, et mourra en 1456 sur l’île de Chios, pourchassé par ses ennemis. Fils de fourreur, il accompagne souvent son père qui va livrer des pelisses aux nobles de la région. Ce qu’il observe alors le marque profondément : la manière dont les « puissants » traitent son père, le mépris dont ils font preuve à son égard,  le révoltent. C’est ainsi qu’il décide très tôt que sa vie sera différente. Il  rêve de voyager, de partir loin,de faire fortune et en quelque sorte de venger son père par la réussite commerciale. Grâce à son ingéniosité et à sa détermination, il met ses projets à exécution, et plus encore, puisqu’il va se retrouver, par diverses circonstances et aussi grâce à une volonté inébranlable, un très proche du roi Charles VII. On lui confiera la charge de Grand Argentier de France. Dans le même temps„ il devient le confident du Roi. Mais ce n’est pas si simple, d’être proche du plus puissant personnage de France ; c’est une tâche à la fois glorifiante et pleine de dangers. Surtout quand l’amour vient s’en mêler, la belle Agnès Sorel est décidément irrésistible, elle est cependant la maîtresse du roi…Une très belle relation d’amitié et d’amour platonique naît entre Jacques et Agnès, le désir est aiguillonné par le danger : si le Roi s’en aperçoit, c’est la condamnation immédiate pour les deux amants.

Ce roman est beaucoup plus qu’une simple biographie romancée et extrêmement bien documentée. Le Grand Cœur, c’est aussi l’occasion pour Jean-Christophe Rufin de démontrer, à-travers son talent de romancier, que, quelles que soient les époques, les caractères et les sentiments humains n’évoluent finalement pas tant que cela : les hommes sont ambitieux, vaniteux, avides de pouvoir, prêts à beaucoup intriguer pour parvenir à leurs fins, ils pratiquent la ruse sans vergogne ; mais les hommes sont heureusement aussi capables de rêver et d’aimer, dans une sincérité qui les rend merveilleux.

Si vous avez aimé « Rouge Brésil », vous aimerez « Le Grand Cœur », vous le lirez d’une traite, vous serez plongé dans une époque qui ne vous paraîtra pas si lointaine que cela tant les similitudes avec certaines problématiques de notre époque sont habilement dépeintes.

 Un roman à la hauteur des ambitions de son auteur : intelligent, fin, merveilleusement bien écrit, quel bel hommage à Jacques Cœur, qui doit en être tout ému dans sa tombe. 

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